Le 26 septembre dernier, DDV donnait une interview importante au journal la Tribune, dans laquelle il revenait sur les chantiers engagés depuis son arrivée à Matignon et livrait sa vision de l’avenir de notre pays, au point que de nombreux commentateurs y ont vu l’ébauche d’un programme présidentiel. En voici quelques extraits choisis.
Vous vouliez ramener la confiance en cent jours. Est-ce que la confiance est revenue avec la croissance ?
Les choses vont mieux, mais rien n'est encore gagné. Beaucoup de Français continuent d'éprouver des difficultés dans leur vie quotidienne. Répondre à ces difficultés, c'est mon premier objectif. Des bons résultats en matière d’emplois et de croissance, je tire plusieurs leçons. La première, c'est que les Français ont la capacité de réussir dans l'économie mondialisée. La deuxième, c'est que l'État doit créer l'environnement favorable à cette réussite. La troisième, c'est qu'il est possible de maintenir un équilibre entre les exigences économiques et les attentes sociales. Cet équilibre est au coeur de l'identité française. Pour les Français, l'économie doit être au service d'un modèle de croissance et de justice sociale, ce que j'ai appelé la croissance sociale. Cette question sera sans doute l'un des grands enjeux des prochains débats.
Équilibre pour vous, cela s'oppose à la rupture ? Ce qui est essentiel pour moi, c'est ce qui fonde notre identité. Changer ce qui ne va pas dans notre système économique et social en respectant ce que nous sommes, ce qui nous rassemble, c'est ce que nous nous efforçons de construire. Comment faire des propositions fortes et innovantes en restant fidèles à nous-mêmes ? C'est tout le défi des années à venir.
Sur quels grands thèmes se jouera, selon vous, l'élection présidentielle de 2007 ? Je vois quatre enjeux majeurs. Le premier est l'innovation. Pour faire face à la mondialisation et lutter contre les délocalisations des emplois et des usines, nous devons développer massivement notre effort de recherche et de technologie dans les prochaines années. Comment faire en sorte que les entreprises multiplient par deux leur effort de recherche dans les années à venir ? Comment faire pour qu'elles investissent en France plutôt qu'à l'étranger ? Voilà les questions auxquelles nous devront répondre.
Le deuxième enjeu, c'est l'emploi. Passer de plus de 10 % à près de 8 % de taux de chômage nous demande chaque jour des efforts d'adaptation considérables, une mobilisation dans la durée : car nous ne sommes jamais à l'abri d'à-coups. Ces efforts, les Français ont montré qu'ils étaient prêts à les faire. Pour les années à venir, notre défi collectif sera d'atteindre le plein-emploi, c'est-à-dire un taux de chômage autour de 6 %. Je suis convaincu que nous pourrons y parvenir pas à pas, en tirant les leçons de l'expérience, en poursuivant notre mobilisation, en nous concertant pour trouver de nouveaux outils. Car il ne suffit pas de créer de nouveaux emplois. Il faut aussi créer de bons emplois, en refusant la précarité : des emplois de qualité, avec une juste rémunération, avec une formation adaptée, avec des perspectives de reclassement rapide en cas de difficultés. Voilà le modèle de société auquel nous devons parvenir.
Le troisième enjeu c'est le pouvoir d'achat. Ici aussi il s'agit d'un vrai choix de société. Je crois que nous n'avons pas encore trouvé le bon équilibre entre les résultats des entreprises et la rémunération du travail. Beaucoup de Français constatent d'ailleurs que leurs dépenses augmentent mois après mois en raison du coût du logement, des besoins en nouvelles technologies, du prix de certains produits alimentaires, du prix de l'essence, alors que leurs revenus augmentent trop lentement. Il est temps d'ouvrir un vrai débat sur le niveau des revenus, sur l'emploi et sur
la redistribution. Enfin , quatrième enjeu: l'endettement. Il faut regarder la réalité en face. Lorsque l'État s'endette, les Français s'appauvrissent. Lorsque l'État s'endette, il n'a plus les moyens de moderniser les services publics, il n'investit plus ou pas suffisamment pour l'avenir.
Excluez-vous d'être candidat en 2007 ? Je suis bien occupé, j'ai des responsabilités claires. Chef du gouvernement, je dirige une équipe, je veille à ce que chacun soit au rendez-vous des engagements pris vis-à-vis des Français. Je souhaite mener cette tâche jusqu'au bout.
C'est incompatible avec une candidature ? Le débat démocratique sera d'autant plus fort, utile et fécond que nous aurons servi les Français jusqu'au bout. C'est la mission que m'a confiée le président de la République.
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